↵
…Au nom d’Allah, le Très Miséricordieux, le Tout Miséricordieux
Ibn Taïmiya et l’istihlâl
(Partie 6)
• Parmi les textes d’ibn Taïmiya que l’adversaire utilise dans la question du hukm, nous avons : « Il est connu de façon élémentaire à l’unanimité des musulmans que celui qui permet (sawwa’a) de suivre une autre religion que l’Islam est un mécréant, au même titre que celui qui ne croit au Livre qu’en partie. »[1]
En réponse nous, disons :
Primo : permettre (sawwa’a) est un synonyme d’istihâl.
Secundo : il parle des tatars au sujet desquels il explique : « Ils considèrent l’Islam comme les religions juive et chrétienne. Elles seraient toutes des chemins menant à Allah, à la manière des écoles de figh chez les musulmans. Les avis sont partagés sur la religion qu’ils préfèrent entre les trois. »[2] Il explique plus loin qu’ils élèvent Gengis Khan au même rang que le Prophète (r), avant de conclure : « Il est connu de façon élémentaire à l’unanimité des musulmans que celui qui permet (sawwa’a) de suivre une autre religion que l’Islam est un mécréant, au même titre que celui qui ne croit au Livre qu’en partie. »
Wa Allah a’lam !
Question : qu’en est-il des citoyens qui, soumis aux lois humaines, suivent aveuglément leurs gouverneurs ?
En réponse : en explication au Verset : [Ils ont pris leurs prêtres et leurs moines pour des maitres en dehors d’Allah],[3] ibn Taïmiya explique qu’il existe deux sortes d’obéissance aveugle. Pour la première, il s’agit de les suivre dans le tabdîl. Autrement dit, les suivre dans la croyance que telle interdiction est autorisée ou que telle autorisation est interdite, ce qui est une forme… d’istihlâl. Pour l’autre, il s’agit de les suivre par désobéissance envers Allah, tout en étant convaincu qu’ils enfreignent Ses Lois.[4]
Question : nous avons vu que l’istihlâl se situe au niveau du cœur, mais comment le reconnait-on ou en d’autres termes, comment se matérialise-t-il ?
En réponse : la seule manière de reconnaitre l’istihlâl, c’est de l’entendre verbalement, comme nous l’apprend Sheïkh el ‘Uthaïmîn,[5] et Ahmed e-Najmî.[6] Sheïkh el Fawzân va plus loin en disant qu’il est possible également de le savoir par écrit, en disant par exemple qu’on autorise moralement telle interdiction.[7] Sheïkh Sâlih Âl e-Sheïkh explique qu’il existe deux sortes d’istihlâl, c’est ce qu’il appelle istihlâl el fi’l (l’istihlâl des actes) et istihlâl el hukm (l’istihlâl du cœur).[8]
Ainsi, la prononciation verbale de l’istihlâl est la seule cause légale sur laquelle règne un consensus des savants musulmans. Il existe certes certains indices extérieurs qui confirment l’istihlâl, comme refuser par exemple de prier sous la menace de l’épée ou de payer la zakât par la force, ou d’appliquer les Lois d’Allah sous la menace des armées du chef d’État, comme l’a expliqué Sheïkh ibn Bâz à Salmân el ‘Awda et consorts. Ces indices légaux sont approuvés à l’unanimité des savants. Certains savants contemporains comme Sheïkh Mohammed ibn Ibrahim semblent considérer que la législation des lois humaines (qawânîn el wadhiya) est un indice extérieur de l’istihlâl. Or, cette tendance ne fait pas l’unanimité des savants. Dans la même rencontre citée plus-haut, ibn Bâz explique que les implications d’une loi ne font pas loi (lâzim el hukm laïsa bi hukm).
Ainsi, pour une question aussi grave et aussi complexe, il incombe de mettre en avant le principe de précaution qui est chère aux anciens, et de condamner un coupable à l’apostasie uniquement pour les annulations légales qui ont reçu un consensus. Ibn Taïmiya explique à ce sujet : « Le takfîr ne peut s’avérer pour des choses où plusieurs hypothèses sont possibles. »[9] L’Imam ibn ‘Abd el Wahhâb l’avait bien compris, quand il dit qu’il ne kaffar que pour les choses où règne le consensus, en parlant de l’attestation de foi. Il ne le faisait même pas pour le tarik e-salât par fainéantise, bien qu’il existe des textes sur la question, et que la tendance qui penche vers le takfîr est très forte.[10]
Remarque :
Quand les traditionalistes parlent de l’istihlâl dans le hukm bi ghaïr mâ anzala Allah, cela ne veut pas dire qu’à leurs yeux, toutes les annulations de l’Islam sont soumises à ce paramètre, contrairement aux murjites. En fonction des membres avec lequel il se matérialise, le kufr se divise en effet en trois catégories :
• El kufr el qalbî : qui concerne les éléments de la croyance qui touchent au kufr akbar (comme le reniement, le scepticisme, l’association dans les trois domaines du tawhîd : Rububiya, Ulûliya, el Asmâ wa e-Sifât).
• El kufr el qawlî : qui concerne les paroles et touche aussi bien au kufr akbar qu’au kufr asghar. Il faut savoir ici que les paroles traduisent la croyance. Celui qui apostasie avec la langue apostasie immanquablement avec le cœur, contrairement aux jahmites pour qui les paroles extériorisent la croyance, sans relever du kufr en elles-mêmes ; c’est le dalîl zhâhir. Ainsi, peu importe que celui qui prononce le kufr soit convaincu par ses paroles ou non, étant donné qu’il les a dites en toute âme et conscience (tatâbuq e-zhâhir bi el bâtin). Seul le mukra (qui les prononce sous la contrainte) est excusable.
• El kufr ‘amalî : qui concerne les actes et qui se subdivise en :
- en mukhrij min el milla qui correspond aux actes s’opposant littéralement à la foi (blasphémer, se prosterner devant une idole, uriner sur le Coran),
- et ghaïri mukhrij min el milla comme le hukm bi ghaïri mâ inzala Allah et târik e-sâlat comme le souligne ibn el Qaïyim.
Ainsi, il est plus précis de classer le kufr de cette façon que de le classer en ‘amalî pour parler du kufr asghar et i’tiqâdî pour parler du kufr akbar étant donné que certains actes du domaine du kufr ‘amalî relèvent du kufr akbar.[11]
Autre remarque :
Parler d’istihlâl dans la question précise du hukm bi ghaïr mâ anzala Allah ne signifie nullement que les traditionalistes confinent le takfîr dans le juhûd (qui relève du qawl el qalb) étant donné notamment, comme nous l’avons vu avec l’analyse de Dawsarî, que l’istihlâl touche également au ‘amal el qalb.
Dernière remarque :
Dans nawâqidh el islâm, L’Imam Mohammed ibn ‘Abd el Wahhâb établit que : « Quatrièmement : croire qu’une voie quelconque peut être meilleure que celle du Prophète (r), ou qu’une loi peut être meilleure que la sienne, comme ceux qui préfèrent la loi des taghût à la sienne, relève de la mécréance. »
Ensuite, il explique en conclusion à son épitre : « Il n’y a pas de différence pour ces dix formes d’annulations de la foi, entre celui qui commet l’une d’entre elles sérieusement, par amusement, ou par crainte. Commettre l’une d’entre elles sous la contrainte, est la seule excuse valable. Elles représentent toutes autant qu’elles sont, le plus grand danger qui soit, bien qu’au même moment, elles sont les formes d’apostasie les plus répandues. Le musulman doit donc être sur ses gardes et craindre vivement de sombrer dans l’une d’entre elles. Qu’Allah nous préserve des actes qui entrainent Sa Colère et Son châtiment douloureux ! »
Certains en ont compris que la contrainte est la seule excuse valable dans toutes les formes du hukm bi ghaïr mâ anzala Allah. Or, cette annulation de l’Islam est uniquement liée la croyance (istihlâl, tafdhîl). La contrainte justifiée consisterait à dire ou à écrire sous la contrainte que les lois humaines sont meilleures que les Lois d’Allah. Cependant, et ce point est d’une extrême importance, ibn ‘Abd el Wahhâb lui-même souligne qu’on ne peut contraindre quelqu’un à croire quelque chose. On ne peut que le contraindre à dire ou à faire quelque chose.[12] Ainsi, d’une part, la contrainte dont il parle ne concerne pas l’istihlâl el ‘amalî qui n’est pas une annulation de l’Islam, selon la tendance la plus vraisemblable. D’autre part, la contrainte n’est pas une excuse pour l’istihlâl el qalbî, wa Allah a’lam !
[1] Majmû’ el fatâwa (28/523).
[2] Majmû’ el fatâwa (28/523), pour plus de détails voir également (28/520-528).
[3] Le repentir ; 31
[4] Voir : majmû’ el fatâwâ (7/70).
[5] Silsilat sharh sahîh Muslim (cassette n° 9/b).
[6] El fatâwâ el jaliya ‘an el manâhij e-da’âwiya (1/98-99).
[7] Conférence ayant pour titre : zhâhira e-tabdî’ e-tafsîq wa e-takfîr wa dhâbituhâ.
[8] Conférence ayant pour titre : nawâqidh el îmân ‘inda ahl e-sunna wa el jamâ’a.
[9] Voir : e-sârim el maslûl (3/963).
[10] Voir : e-durar e-saniya (1/102).
[11] Voir : e-takfîr wa dhawâbituhu de Sheïkh Ibrahim e-Ruhaïlî
[12] E-durar e-saniya (1/64-65).
|