Voici la partie (et la suivante) qui intéresse 'Abd el Qadir :
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Les muwâzanât
(Partie 7)
Chapitre III : les raisons poussant à dire du bien d’un innovateur[1]
1- lors d’une biographie qui n’est pas soumise aux mêmes règles que la critique
Aux yeux de Sheïkh el Albânî, l’étique réclame de relever les bons et les mauvais côtés pour faire la biographie d’une personnalité historique même controversée.[2] C’est donc un devoir.[3] El Khattâbî établit à ce sujet : « Il incombe de tout retranscrire sur un même homme qui rassemble à la fois des bons et des mauvais côtés, des qualités et des défauts. Il incombe de le retranscrire et de le faire connaitre. »[4] Puis, il rapporta avec sa propre chaine narrative une annale qu’il impute à ibn Sîrîn et dont voici les termes : « Si tu ne fais qu’évoquer les défauts de ton frère, sans ses qualités, tu auras fait preuve d’injustice envers lui. » [5] Toujours d’après el Khattâbî, Sha’bî renchérit : « Les arabes disaient : quand les qualités l’emportent sur les défauts, nous avons à faire à l’homme parfait, quand ils s’équivalent, nous avons à faire à l’homme moyen (mutamâsik), et quand les défauts l’emportent sur les qualités, il mérite les critiques. »[6]
Abû Ya’lâ el Qazwînî dit pour sa part que le spécialiste recense les points forts et les points faibles.[7] En introduction à son ouvrage el qawâid, ibn Rajab met en lumière que l’homme équitable ferme les yeux sur les erreurs qui, rares, se noient dans l’océan des bonnes actions.[8]
2- Par comparaison avec un autre innovateur plus égaré non dans l’absolu
Sheïkh el Islâm ibn Taïmiya établit à ce sujet : « Par ailleurs, dans le domaine du crédo qui touche à l’inconnu, chaque leader et chaque adepte des tendances musulmanes ne doit sa notoriété qu’à son attachement, même relatif, à la sunna et à sa reconnaissance des Noms et Attributs divins.
Tout d’abord, les mu’tazlites – l’élite du Kalâm – ; ces derniers sont loués et encensés par leurs adeptes et ceux qui ferment les yeux sur leurs mauvais côtés, mais c’est uniquement en regard de leurs bons côtés et de leur fidélité aux traditionalistes dans le domaine du crédo. Ils sont célèbres pour leur réfutation aux râfidhites dans divers domaines ; la légitimité des Khalifes, la crédibilité des Compagnons, l’acceptation, mais aussi la falsification des textes, l’excès envers ‘Alî, etc.
En revanche, les shiites primitifs sont plus louables que les mu’tazlites qui renient notamment les Attributs divins, le destin, et l’intercession. Ils étaient également louables par rapport aux kharijites, qui « excommuniaient » nombre de Compagnons à l’instar d’Alî et d’Uthmân, et qui « excommuniaient » les auteurs des péchés musulmans. Ils se distinguaient également des murjites, en faisant entrer les obligations religieuses dans la définition de la foi ; c’est même ce qui les poussa au crédo de la manzila baïn el manzilataïn, bien qu’ils ne parvinrent pas à s’aligner avec la sunna pure sur ce point.
En outre, les mutakallimîns qui reconnaissent les Noms et Attributs divins (kullâbiya, karrâmiya, ash’ariya) doivent leurs lettres de noblesse (ils furent acceptés et suivis par la majorité de la communauté) à leur conformisme dans les fondements de la foi : la reconnaissance du Créateur, de Ses Attributs, de la prophétie, et à leurs réfutations aux Juifs, chrétiens, mécréants et païens ; ils mirent en avant les contradictions de leurs arguments. Ils sont estimables d’avoir réfuté les jahmites, les mu’tazlites, râfidhites, qadarites là où ils contrevinrent à l’orthodoxie.
Ainsi, leurs bons côtés sont de deux sortes : quand ils sont conformes au traditionalisme et quand ils réfutent les arguments contradictoires des opposants au traditionalisme. Tous ceux qui rejoignent la tendance ash’arite sont mus dans leur motivations par au moins l’une de ses deux raisons, et rien d’autre. Chaque musulman, que ce soit parmi les savants ou la masse, n’aime et ne défend cette tendance que pour ces raisons.
Les auteurs, à l’image de Baïhaqî, Qushaïrî Abû el Qâsim, ibn ‘Asâkîr e-Dimashqî, qui vantent les vertus du premier homme de la secte, et qui plaident en sa faveur contre les critiques et les damnations, mettent en avant ses positions où ils s’accordent avec les traditionalistes et ses réfutations aux anti-traditionalistes. La nation, avec les savants et les émirs à sa tête, n’entend parler d’eux que de ces deux arguments. S’il n’était pas plus proche de la vérité que ses coreligionnaires, on l’aurait mis au même niveau que ses contemporains bien moins louables de ce côté-là, à l’image de son premier Sheïkh Abû ‘Alî [el Jubbâî], et de son fils Hâshim.
Néanmoins, ses positions orthodoxes qui touchent aux Attributs, au destin, l’imâma, les vertus (probablement des Compagnons ndt.), l’intercession, le bassin, le pont jeté au-dessus de la Géhenne, la Balance jouent en sa faveur. Tout comme ses réfutations aux autres sectes (mu’tazilites, qadarites, râfidhites, jahmites) qui mettent en lumière leurs contradictions. Il est indubitable qu’il se distingue d’eux et que nous devons lui reconnaitre le rang et le respect qu’il mérite : [Allah a fait toute chose avec mesure].
Il doit sa notoriété et sa célébrité (recrudescence d’adeptes ndt.) à sa fidélité au traditionalisme. Néanmoins, cette fidélité, grâce à laquelle il prend le pas sur ses opposants en pulvérisant leurs arguments, l’élève au rang de mujâhid victorieux. »[9]
Ailleurs, il explique : « Les râfidhites ont dans leurs rangs des hommes pieux et scrupuleux, mais comparativement, ils le sont beaucoup moins que ceux des autres sectes. Les mu’tazilites sont bien plus sensés, savants et religieux qu’eux. En outre, le mensonge et la débauche sont beaucoup moins répandus chez eux. Même les shiites zaïdite sont mieux qu’eux ; ils sont plus sincères, plus équitables, et plus cultivés dans les sciences religieuses. Néanmoins, il n’y a pas plus sincères et plus dévots d’entre toutes les sectes que les kharijites. »[10]
Il souligne également : « Les Juifs et les chrétiens sont meilleurs à plus d’un titre que les jahmites dans tout ce qui concerne les croyances et l’adoration. »[11]
« Les chrétiens par rapport aux Juifs se distinguent par leur dévotion et leurs mœurs, mais sans savoir, tandis que les Juifs se distinguent par leur intelligence et leur connaissance, mais sans dévotion ni bonnes mœurs. Les musulmans, quant à eux, réunissent à la fois les sciences utiles et les bonnes œuvres, la théorie (dhakâ) et la pratique (zakâ) ; Allah envoya son Messager porteur de la bonne voie (le savoir) et de la vraie religion (les actes). »[12]
3- Pour informer non pour faire des éloges
Selon la règle, les traditionalistes décrivent la réalité et ordonnent la vérité.[13]
D’après el Bukhârî et Muslim, selon ‘Ali (r), j’ai entendu dire le Messager d’Allah (r) : « À la fin des temps, il y aura des hommes qui seront jeunes en âge et faibles d’esprit. Ils auront les meilleures paroles qui puissent être, mais leur foi ne dépassera pas leur gosier et ils sortiront de la religion comme la flèche transperce sa proie. Combattez-les où qu’ils soient, car il y aura une récompense le Jour de la Résurrection pour celui qui les aura combattus. »[14]
Dhû el Khuwaïsira interpella le meilleur des hommes (r) en ces termes : « Sois juste ! Tu n’as pas été juste.
Malheur à toi, lui lança-t-il, qui peut se vanter d’être juste si je ne le suis pas. »
Après le départ de cet individu, le Messager (r) prévint : « Il y aura dans la postérité de cet homme, des gens devant la prière desquels vous aurez honte, et devant l’adoration desquels vous aurez honte. Mais, ils sortiront plus vite de la religion que la flèche transperce sa proie. Où que vous les trouviez, tuez-les. »[15]
C’est dans cet ordre que nous devons comprendre l’hommage rendu par le Prophète (r) à el Mut’ib ibn ‘Adî. En outre, selon un hadîth que Sheïkh el Albânî a considéré « bon » dans sahîh el jâmi’, le sceau des messagers recensa sept qualités dont se dotaient la tribu de Quraïsh, même, pour certaines, à l’époque païenne.
Il est même possible que ces fameuses qualités soient des arguments contre eux, et mis en avant pour mieux les fustiger. Elles soulignent également qu’il ne faut pas se fier aux apparences. Sheïkh el Islâm fait remarquer en parlant des philosophes : « Ils ont certes une certaine intelligence et perspicacité, ils ont certes certaines bonnes mœurs et un certain ascétisme, mais cela ne suffit pas pour parvenir au bonheur et au salut dans l’autre monde contre les flammes de l’Enfer. Seuls les fondements dont nous avons parlé plus haut peuvent les garantir (la foi en Dieu, Son unicité et Son adoration exclusive, la foi à Ses Messagers, au Jour du jugement dernier, suivie des bonnes œuvres). La force de l’intelligence est du même type que la force physique et de la volonté. Celui qui jouit de certaines vertus au niveau du savoir et de la volonté, sans appliquer ces fondements est comparable à celui qui jouit de la force physique, mais sans n’appliquer ces fondements. »[16]
« Les deux parties hétérodoxes (pro et anti-Attributs) renferment dans leurs rangs des éléments qui se distinguent par rapport à beaucoup de gens, par leur intelligence, leur raison, et leur connaissance. »[17]
À suivre…
[1] Voir pour les 6 premiers points de ce chapitre : el hudûd el fâsila baïna usûl manhaj e-salaf e-sâlih…. (p. 511-516) de Khâlid ‘Uthmân et qui fut préfacé par les Sheïkh : ‘Ubaïd el Jâbirî, Hasan ibn ‘Abd el Wahhâb el Bannâ, ‘Abd e-Rahmân Muhyi e-Dîn, Fâlih ibn Ismâ’îl, Ahmed Bazmûl.
[2] Audio : mân hâmil râyat el jarh
[3] Audio : liqâât el bâb el maftûh de Sheïkh el ‘Uthaïmîn (c n° 121).
[4] El jâmi’ li ikhtilâf e-râwî wa âdâb e-sâmi’ (2/202).
[5] El jâmi’ li ikhtilâf e-râwî wa âdâb e-sâmi’ (2/202).
[6] El jâmi’ li ikhtilâf e-râwî wa âdâb e-sâmi’ (2/202).
[7] El irshâd fî ma’rifa ‘ulamâ el hadîth (p. 408).
[8] Voir : liqâ el bâb el maftûh de Sheïkh el ‘Uthaïmîn (p. 67).
[9] Majmû’ el fatâwâ (4/11-14).
[10] Manhâj e-sunna (5/157).
[11] E-safdiya (2/240).
[12] El jawâb e-sahîh (3/102).
[13] Manhâj e-sunna (1/547).
[14] Sahîh el Bukhârî (2930), et Muslim (1066).
[15] Rapporté par el Bukhârî (5057) et Muslim (1066), selon ‘Alî ibn Abî Tâlib (t).
[16] Majmû’ el fatâwâ (9/37).
[17] Dar-u e-ta’ârudh (1/156), voir également : Majmû’ el fatâwâ (5/119).
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