ÇáãæÖæÚ: Les muwâzanât
ÚÑÖ ãÔÇÑßÉ æÇÍÏÉ
  #2  
ÞÏíã 14 Apr 2013, 04:50 PM
ßÑíã ÒäÊíÓí
ÒÇÆÑ
 
ÇáãÔÇÑßÇÊ: n/a
ÇÝÊÑÇÖí






Les muwâzanât

(Partie 2)



Il existe trois sortes de divergences dans la religion : primo : dans le domaine de la reconnaissance du Créateur, et le renier relève de la mécréance ; secundo : dans le domaine des Noms et Attributs divins, et le renier relève de l’innovation ; tertio : dans le domaine des lois pratiques qui peuvent se voir sous plusieurs angles. Allah (I) a fait de ce genre de divergence une miséricorde par laquelle Il honore les savants. C’est à cette sorte dont fait allusion le hadîth (inventé ndt.) : « La divergence dans ma communauté est une miséricorde. » [El Khattâbî dans sharh sahîh Muslim de Nawawî (11/258).]



C’est avec cette catégorie qu’on fait la balance des bons et des mauvais côtés



Selon ‘Urwa ibn e-Zubaïr, el Miswar ibn Makhrama se rendit chez Mu’âwiya au milieu d’une délégation pour lui exposer une affaire. Après la séance, Mu’âwiya le prit à part pour lui demander : « Miswar ! Où en sont tes critiques sur les émirs ?

- Laisse ce sujet de côté et préoccupe-toi de l’affaire pour laquelle nous sommes venus !

- Non, par Allah ! Je veux que tu me dises en face ce que tu me reproches. »

Son interlocuteur lui fit une liste de ses plaintes sans rien oublier. Puis, le Prince des croyants reprit la parole pour dire : « Je ne suis pas à l’abri de la faute, mais, Miswar, es-tu d’accord avec moi pour dire que mes actions en vue d’améliorer l’intérêt général sont multipliées par dix, ou bien ne sais-tu que compter les défauts et fermer les yeux sur les bonnes œuvres ?

- Non, par Allah ! Nous ne faisons qu’évoquer les péchés dont nous t’avons fait part.

- Je reconnais devant Allah chaque péché que j’ai commis. Mais, toi, Miswar, n’as-tu pas des péchés que tu gardes en toi et pour lesquels tu craignes de périr au cas où Allah daignerait te les pardonner ?

- Si !

- Alors, qu’est-ce qui te permet de croire que tu es plus enclin à te faire pardonner que moi ? Par Allah, j’ai bien plus de responsabilités que toi, pourtant, si j’avais l’alternative entre choisir Allah (I) et n’importe qui d’autre, j’opterais pour le premier sans la moindre hésitation. J’adhère à une religion dans laquelle le Très-Haut accepte les œuvres et rétribue pour les bonnes, mais aussi pour les mauvaises œuvres, bien qu’Il puisse ne pas tenir compte de ces dernières. J’espère qu’Il me multipliera chacune de mes bonnes actions, en sachant que j’honore des responsabilités dont ni toi ni moi ne pouvons évaluer l’importance ; la prière, le djihâd, la loi d’Allah, et plein d’autres que tu serais incapable de dénombrer quand bien même je t’en dresserais une liste. Alors, pense à cela ! »[1]



Sa’îd ibn el Musayïb : « Tout savant, tout homme honorable ou de haut rang a des défauts. Cependant, quand on a plus de bons que de mauvais côtés, les bons côtés l’emportent ; et quand on a plus de mauvais côtés, ce sont eux qui l’emportent. »[2]



Ibn Sîrîn : « Si tu ne fais qu’évoquer les défauts de ton frère, sans ses qualités, tu auras fait preuve d’injustice envers lui. » [3]



Sha’bî : « Les arabes disaient : quand les qualités l’emportent sur les défauts, nous avons à faire à l’homme parfait, quand ils s’équivalent, nous avons à faire à l’homme moyen (mutamâsik), et quand les défauts l’emportent sur les qualités, il mérite les critiques. »[4]



Sufiân e-Thawrî : « Personne n’est à l’abri de l’erreur, mais tout est fonction de l’ascendant : quand la mémoire est prépondérante à l’erreur, on est un érudit (hâfizh), mais quand l’erreur est prépondérante à la mémoire, on perd sa crédibilité. »[5]



‘Abd Allah ibn el Mubârak : « Ne mentionnent pas les défauts quand c’est les qualités qui l’emportent, et ne mentionnent pas les qualités quand c’est les défauts qui l’emportent. »[6]



Il est également l’auteur des paroles : « Un homme ayant un grand passé dans l’Islam et ayant laissé une bonne trace, peut très bien être l’auteur d’un écart et d’une faute dans lesquels il ne faut pas le suivre. »[7]



Mais aussi : « En dénigrant les savants on perd son au-delà, en dénigrant les émirs, on perd sa vie d’ici-bas, et en dénigrant les frères, on perd sa bonne réputation. »[8]



L’Imam Ahmed : « Aucune critique n’est acceptée contre un homme dont la crédibilité est affirmée, sauf si elle dissipe toute suspicion sur la chose. »[9]



Ibn Jarîr Tabarî : « Si on devait discréditer et refuser le témoignage de toute personne ayant été accusée de telle ou telle mauvaise tendance, il faudrait délaisser la plupart des traditionnistes de tous les horizons. Tous ont été d’une manière ou d’une autre été stigmatisés par un groupe. »[10]



Et comme le dit le poète :



Quand l’ami est coupable d’une seule faute ; ses bon

Côtés intercèdent mille fois en sa faveur



B- La catégorie qu’il est permis de critiquer, de condamner, et de mettre en garde contre ses méfaits



Premièrement : il est permis, je dirais même qu’il incombe de parler sur les innovateurs et de mettre en garde contre eux et leurs innovations ; il peut aussi bien s’agir de groupes que de particuliers, qu’ils soient de notre époque ou des temps anciens. Nous pouvons compter parmi eux les kharijites, les râfidhites, les jahmites, les murjites, les karrâmites, et les penseurs scolastiques (ahl el kalâm).



Les sciences du kalâm sont à l’origine de nombreuses croyances erronées comme la négation en tout ou en partie des Attributs d’Allah. Il faut donc mettre en garde contre ces sectateurs, leurs ouvrages, les sectes et les mouvements contemporains qui ont repris leur flambeau ; ils se caractérisent pour se distinguer, contester, et s’écarter de la voie des « partisans du tawhîd et de la sunna ». Bien plus, ils s’érigent en ennemis contre eux et détournent les gens de leur tendance.



Il faut également rattacher à ces sectateurs toute personne qui s’allie à leurs tendances, qui prend leur défense, met en avant leurs qualités, leur fait les louanges ainsi qu’à leurs symboles parmi leurs élites et leurs chefs. Certains gens sont en effet susceptibles de préférer leur voie à celle des « partisans de l’unicité, de la tradition et de l’union ».



Deuxièmement : il est permis de faire la critique des rapporteurs non crédibles à l’unanimité des savants, il est même un devoir de le faire comme le relate e-Nawawî et ibn Taïmiya – qu’Allah leur fasse miséricorde –.[11] Si l’on recense les différentes anecdotes des grandes références de la religion concernant la défense du patrimoine de l’Islam, dont l’opposition aux mubtadi’, on se rendra compte que les savants faisaient la critique des innovateurs et des rapporteurs du hadîth. Il n’a jamais été question de faire impérativement la balance entre leurs qualités et leurs défauts. Ils ont compilé des ouvrages entiers sur la critique des rapporteurs (jarh wa e-ta’dîl), sur la défense de la sunna, sur les hadîth inventés, sans jamais faire allusion de près ou de loin aux muwâzanât (faire la balance entre les qualités et les défauts ndt.).



Les anciens à l’ouvrage



Certains de leurs ouvrages sont spécialement consacrés à la critique négative (jarh), aux rapporteurs non crédibles, en évoquant les savants qui les ont jugés ainsi. Ils ne font pas la moindre mention de la restriction des muwâzanât.[12] En se penchant dessus, on pourra y constater l’obligation de mettre en garde contre les innovateurs. Aucun d’entre eux n’a avancé qu’il fallait accompagner toute mauvaise critique des mubtadi’ et des personnes évoquées par leurs mauvais côtés, de critiques positives (ta’dîl) en évoquant leurs bons côtés. Ils se contentent de réfuter les erreurs d’un auteur, des groupes ou des particuliers affiliés à ces sectes sans se tourner vers leurs qualités.



Il suffit de feuilleter les écrits de l’Imam Ahmed, de son fils ‘Abd Allah, d’el Bukhârî dans Khalq af’âl el ‘ibâd, d’el Khallâl, d’ibn Khuzaïma dans les livres e-sunna et e-tawhîd. Que dire notamment des écrits d’ibn Batta dans son commentaire et dans el ibâna, de Sharh usûl ahl e-sunna d’e-Lâlakâî, de l’introduction de Sharh e-sunna d’el Baghawî, de la muqaddima d’ibn Mâja. Nous pouvons recenser également e-sunna d’ibn Abî Dâwûd dans son recueil e-sunan, el hudja fî bayân el mahadja d’ibn Abî Qâsim e-Taïmî el Asfahânî ; voir enfin les œuvres de Sheïkh el Islam ibn Taïmiya, d’ibn el Qaïyim, et de l’Imam Mohammed ibn ‘Abd el Wahhâb pour se rendre compte de leur position et de leur relation envers les innovateurs.[13]



Les savants prédécesseurs se sont engagés dans la réfutation aux différentes sectes hérétiques ; les râfidhites, les qadarites, les jahmites, les mu’tazilites, les kharijites, les murjites, les ash’arites, les mâturidites, et les soufis. Ils se sont opposés entre autres à leurs chefs spirituels (ru-ûs el mubtadi’a) à l’instar de Jahm ibn Safwân, Bishr el Mirrîsî, ibn el Mutahhir el Hillî, e-Râzî, ibn ‘Arabî. Les traditionalistes s’en sont pris aussi à el Âmudî, el Ghazâlî, el Bakrî, el Akhnâî, e-Subkî, etc.



À suivre…






[1] Rapporté par Ma’mar dans jâmi’ bi dhaïl musannaf ‘Abd e-Razzâq (11/344).

[2] Jâmi’ bayân el ‘ilm wa fadhlilî d’ibn ‘Abd el Barr (2/821).

[3] El jâmi’ li ikhtilâf e-râwî wa âdâb e-sâmi’ (2/202).

[4] El jâmi’ li ikhtilâf e-râwî wa âdâb e-sâmi’ (2/202).

[5] Rapporté par el Khatîb dans el kifâya (n° 408).

[6] Siar a’lâm e-nubalâ de Dhahabî (8/71).

[7] El istiqâma d’ibn Taïmiya (2/219-220).

[8] Ibn ‘Asâkir (32/333).

[9] Tahdhîb e-tahdhîb (7/273).

[10] Hadî e-sârî muqaddima Fath el Bârî d’ibn Hajar (p. 605).

[11] Voir : Majmû’ el fatâwâ (28/234).

[12] Voir : Manhaj ahl e-sunna wa el jamâ’a fî naqd e-rijâl wa e-tawâif (p. 32). L’auteur – qu’Allah le préserve – a cité certains exemples pour appuyer cet argument (voir par exemple p. 33-34).

[13] Idem. (p. 70).

ÑÏ ãÚ ÇÞÊÈÇÓ