ÇáãæÖæÚ: Le jism
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ÞÏíã 16 Jan 2011, 05:02 PM
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Le jism

(Partie 2)




Voir : el usûl e-latî banâ ‘alaïhâ el mubtadi’a madhhabuhum fî e-Sifât (2/356-384) du D. ‘Abd el Qâdir ibn Mohammed ‘Atâ Sûfî, à l’origine, est une thèse universitaire ès Doctorat.




3- Une tendance médiane qui incarne les traditionalistes




Ces derniers n’accordent ni aux uns ni autres qu’Allah est un corps ou n’est pas un corps ; mais là où ils sont formels, c’est quand ils interdisent d’avoir recours à ce genre d’expression dans le domaine qui touche au divin.




La raison ?




La raison est simple :




A- Ce terme, qui n’est fait mention dans les textes scripturaires de l’Islam ni pour l’affirmer ni pour l’infirmer, est ambigu.

B- Les prophètes ne l’ont jamais utilisé dans leur discours ni pour l’affirmer ni pour l’infirmer.

C- On n’a jamais entendu dire un ancien qu’Allah était un corps ou qu’Il n’était pas un corps.[1]




En outre, il n’est pas tout à fait vrai de l’affirmer ou de l’infirmer, mais, en même temps, ce n’est pas tout à fait faux. C'est pourquoi les traditionalistes prônent le détail. L’un de leurs plus grands représentants de la première époque ne dérogea pas à ce principe dans son débat qui l’opposa aux jahmites, et qui n’est autre que l’Imâm Ahmed. Ses détracteurs le sondèrent sur ce terme. Il leur fustigea qu’il fût intrus à la religion musulmane, et que, dans la forme, il était inacceptable. D’autre part, il ne pouvait se prononcer sur son sens, avant qu’ils ne dévoilent ce qu’ils entendaient par là afin qu’il sache s’il pouvait lui donner une interprétation légitime.[2] Selon la règle, on ne peut infirmer une chose sans se baser sur une preuve de la même façon qu’on ne peut en affirmer une sans se baser sur une preuve.[3]




Cette approche, qui est celle des prophètes et de leurs adeptes, consiste, en cas de litiges, à se conformer fidèlement aux textes sans dévier vers aucun extrême.[4]




Il y a certes un point commun entre toutes les définitions que les adeptes du kalâm, toutes tendances confondues, donnent à « jism » et son vrai sens au niveau de la langue. Chacun lui chercha un sens corroborant sa tendance, ce qui, à terme, le dénatura complètement.

- Ceux qui l’affirment lui introduisent des éléments ayant des connotations péjoratives (défaut, anthropomorphisme).

- Ceux qui l’infirment lui introduisent des éléments déformant complètement son acception étymologique.




Ils cherchaient ainsi à le faire entrer sous sa nouvelle conception dans le vocabulaire religieux lié au domaine fondamental de la religion, le tawhîd. Les anciens comprirent vite les méfaits du kalam qu’ils condamnèrent vivement. Ses concepts étaient flous et ambigus. Ils étaient sur leur garde et ne se firent pas abusés par des vocables trompe-l’œil comme le jism.[5]




Il serait bien à ce niveau de le disséquer un peu plus…




La définition du jism




A- Au niveau de la langue




Au niveau de la langue, le terme jism à deux sens.




1- Il peut vouloir désigner, selon el Asma’î, la partie matérielle d’un être animé comme le corps humain qui se caractérise par son opacité et son épaisseur. Dans ce sens, nous avons les Versets : [et quand tu les vois, tu es impressionné par leur corps],[6] [et l’a doté d’un grand savoir et d’une grande corpulence].[7] Ici, il est fait allusion à un sujet en lui-même.[8]

2- Il peut vouloir désigner l’opacité et l’épaisseur en elles-mêmes. On dit qu’un vêtement est un corps dans le sens où il est épais et opaque. On dit également qu’un vêtement est plus lourd (ajsam) qu’un autre. Ici, il est fait allusion aux dimensions d’un sujet.




La langue arabe ne connait pas d’autres sens au jism, sinon les ouvrages spécialisés l’auraient signalé.[9]




Malheureusement, les adeptes du kalâm ont brouillé les pistes à lui ajoutant des acceptions complètement erronées, sans compter qu’ils ne s’entendent pas sur une même définition du terme, ce qui augmente la difficulté pour un non averti.[10]




B- La définition du jism dans le vocabulaire des philosophes et des théologiens du kalâm




Pour les mutakallimîns, il a un sens plus large que dans la langue arabe.[11] Ils englobent en effet, dans sa définition des éléments légers comme l’air, l’âme, la respiration, les flammes d’un feu, etc. Les Arabes n’ont jamais parlé de « corps » ou de « physique » pour décrire ces éléments.[12]




Les éléments introduits dans la définition du jism




Les innovateurs ne se contentent pas de ce crime linguistique. Ils vont plus loin en effet en incorporant sous le vocable jism les éléments suivants :




1- Le corps serait, selon leur conception, tout ce qu’on peut montrer avec le doigt et qu’on peut indiquer par un signe qu’il est dans tel ou tel endroit.[13]

2- Le corps désignerait tout ce qui a une existence (el mawjûd).[14]

3- Il désignerait tout ce qui existe par lui-même (el qâim bi nafsihî).[15]




Ces deux dernières acceptions (el mawjûd et el qâim bi nafsihî) sont l’apanage des karrâmites.[16]




4- Pour certains, un corps serait tout ce qui est mesurable selon les trois dimensions (la longueur, la largeur, et la profondeur).[17] Notons que les partisans de cette opinion donnent un sens plus large aux « dimensions » que celui rencontré dans la langue courante. Dans la langue en effet, on évalue une grandeur réelle en terme de grande/petite. Ici, tout ce qu’on peut voir à l’œil nu est long, large, et profond, sans faire exception aux petits éléments (ex. : une graine).[18]

5- Certains philosophes et théoriciens dukalâm vont encore plus loin. Pour eux, un jism correspond à tout ce qui est constitué (muallaf) et composé (murakkab). Ils s’opposent avec force à la conception karrâmite dumawjûd etqâim bi nafsihî.[19] Ils prétendent que c’est la seule façon dont le corps est employé dans la langue arabe.[20]




Abû el Ma’âlî el Juwaînî est l’un des tenants de cette tendance.[21] Ibn Taïmiya s’est chargé de cerner l’objet de la dispute entre les partisans du muallaf/murakkab et ceux du mawjûd/qâim bi nafsihî. Puis, il les a réfutés toutes les deux en mettant l’accent sur le fait qu’elles trahissent la langue.[22]




À suivre…










[1]Idem. (p. 80).
[2]Tafsîr sûrat el ikhlâs (p. 168-169).
[3]Majmû’ el fatâwâ (13/305).
[4]Tafsîr sûrat el ikhlâs (p. 157-158, 160).
[5]Minhâj e-sunna d’ibn Taïmiya (2/198).
[6]Les hypocrites ; 4
[7]La vache ; 247
[8]Voir : e-sihâh d’el Jawharî (5/1887), et tahdhîb e-lugha d’el Azharî (10/199).
[9]Voir : tafsîr gharîb el Qur-ân d’ibn Qutaïba (p. 314), asâs el balâgha de Zamakhsharî (p. 94), el qâmûs el muhît de Faïrûz Âbâdî (p. 1406), et el mu’jam el wasît (p. 132).
[10]Naqdh ta-sîs el jahmiya (1/505).
[11]El jawâb e-sahîh li man baddala dîn el Masîh(3/152-153).
[12]Idem. (3/153-158).
[13]Voir : el masâil el khamsûn fî usûl e-dîn de Râzî (p. 33).
[14]Cette définition est imputée aux anthropomorphistes, notamment aux karrâmites (voir : el ghuniya fî usûl e-dîn d’el Mutawallî e-shâfi’î e-Nisâbûrî (p. 81).
[15]Cette définition revient également aux karrâmites (voir : el mawâqif fî ‘ilm el kalâm d’el Îjî (p. 273).
[16]Minhâj e-sunna (2/548).
[17]Cette conception revient à ibn Sînâ dans el ishârât wa e-tanbîhât (3/241) ; voir également : e-sahâif el ilâhiya d’el Samarqandî (p. 253).
[18]Dar-u ta’ârudh el ‘aql wa e-naql (1/111-113).
[19]Voir : el ghuniya fî usûl e-dîn d’el Mutawallî e-shâfi’î e-Nisâbûrî (p. 81).
[20]Minhâj e-sunna (2/198).
[21]Voir ses deux ouvrages : el irshâd (p. 61), et e-shâmil fî usûl e-dîn (p. 401-407).
[22]Majmû’ el fatâwâ (5/321-329).

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